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Antarctique · Souveraineté et science

L’Antarctique : la science comme souveraineté et le mythe de 2048

Une présence centenaire, le régime du traité sur l’Antarctique et la nouvelle course vers le continent blanc.

Auteur : Alejandro Taibi

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Pourquoi c’est important

La position antarctique argentine, fondée sur plus d’un siècle de présence continue depuis la station des Orcades du Sud (1904), est un atout qui ne se maintient que par la science et la logistique. Se retirer de la science revient, dans les faits, à céder la position.

L’Antarctique est peut-être le dernier grand espace où la géopolitique se joue presque à l’état pur. C’est un continent sans population autochtone, régi par un régime international singulier, où coexistent des revendications de souveraineté gelées et une compétition croissante, dissimulée sous le langage de la science. Pour l’Argentine, pays bicontinental, il s’agit d’un prolongement naturel de sa géographie et non d’un territoire lointain.

Une présence centenaire

Le secteur antarctique argentin est revendiqué entre les méridiens 25° et 74° Ouest, au sud du 60e parallèle Sud, et chevauche en partie les revendications du Chili et du Royaume-Uni. Un fait difficile à égaler le distingue. La base Orcadas fonctionne sans interruption depuis 1904, ce qui en fait la plus ancienne station en activité continue de tout le continent. Cette présence soutenue, jointe à un réseau de treize bases (six permanentes et sept saisonnières) et à des décennies d’actes d’administration, constitue le fondement factuel de la position argentine.

Le régime du Traité

Le traité sur l’Antarctique, signé en 1959, a réservé le continent à des fins exclusivement pacifiques, consacré la liberté de la recherche scientifique et, dans son article IV, gelé les revendications de souveraineté sans les éteindre ni impliquer de renonciation. L’Argentine est partie consultative originaire et accueille le Secrétariat du Traité à Buenos Aires, un capital institutionnel de réel poids. En 1991, le protocole de Madrid a renforcé le régime en interdisant toute activité minière. Il convient de démonter ici un mythe répandu. Il est faux que l’exploitation des ressources sera automatiquement autorisée en 2048. Cette date permet seulement à toute partie consultative de demander une conférence de révision du Protocole, dont la modification exige des majorités qualifiées. Le statu quo n’expire pas avec le temps.

La nouvelle course antarctique

Sous la surface de la coopération scientifique se déploie pourtant une compétition réelle. Les puissances étendent leurs bases et leur logistique parce que la présence scientifique est aujourd’hui la monnaie avec laquelle se constitue une position en vue de l’avenir du continent, avec ses pêcheries, son eau douce, son éventuel potentiel minier et sa valeur stratégique. Qui sera présent et produira de la connaissance au moment de discuter du régime aura voix au chapitre. Qui se sera retiré ne l’aura pas.

L’intérêt national

Dans le cas antarctique, l’intérêt national se défend donc par la science et la logistique avant la rhétorique. Une capacité scientifique soutenue, une flotte adaptée, avec le brise-glace Almirante Irízar comme pièce maîtresse, et la projection depuis Ushuaia comme porte d’entrée sont les instruments concrets de la souveraineté. Se retirer de la science antarctique, c’est, dans les faits, se retirer de la position. Et comme chaque campagne antarctique mobilise une chaîne d’approvisionnement industrielle, la question rejoint le développement de l’intérieur du pays, avec Córdoba et Santa Fe comme fournisseurs naturels.

Conclusion

L’Antarctique récompense la constance. L’Argentine aborde le débat sur l’avenir du continent avec un atout exceptionnel, plus d’un siècle de présence. Préserver et accroître cet avantage, en investissant dans la science et dans des moyens propres, est la manière la plus efficace et la moins déclamatoire de défendre un intérêt national qui s’étend jusqu’au bout du monde.

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